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De Platon à Socrate

13 mai 2011

J’ai relu, il y a quelque temps déjà, « Le guépard », célèbre roman de Guiseppe Tomasi di Lampedusa magnifiquement porté à l’écran par Visconti. L’histoire se passe en 1860 en Sicile, les troupes républicaines de Joseph Garibaldi débarquent sur l’île pour renverser l’ordre social jusqu’alors dominé par une aristocratie. Conscient des enjeux et de ses intérêts, le neveu du Prince de Salina, Tancredi, veut rejoindre les défenseurs de la future république italienne. Son argument est imparable : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change !». En clair : pour préserver nos acquis et que rien ne change pour nous, nous devons passer à l’ennemi.

J’ai très vite fait le lien avec le sujet qui nous (pré)occupe : aller vers une société humaine soutenable pour la planète. Malheureusement, l’illusion est de faire croire aux organisations qu’elles pourront s’engager sans devoir réexaminer les bases sur lesquelles elles sont bâties ; ce mirage est très largement répandu. C’est devenu l’argument de vente numéro 1 : tout changer pour que rien ne change. D’où le sentiment, amer, que ce que certains osent encore appeler le « développement durable » n’en est plus. On veut bien baisser les consommations d’essence, d’eau… Tout ce que vous voulez, mais toucher au fond du problème, certainement pas.

Et pourtant, les signaux d’alerte se font de plus en plus clairs, nous ne pouvons pas les ignorer indéfiniment : nos organisations ont, d’après Otto Scharmer, des modes de fonctionnement et des cultures obsolètes qui les empêchent de répondre efficacement aux enjeux de durabilité de l’humanité. Au lieu de s’appuyer sur la créativité par des pratiques managériales centrées sur les femmes et les hommes qui les composent, les organisations sont majoritairement arcboutées sur leur vision du monde, dont elles ne tolèrent pas que l’on s’écarte.

Cette « pathologie sociale » a pour résultat un désengagement de plus en plus évident des individus. Toute démarche de développement durable impose ouverture d’esprit et honnêteté intellectuelle. J’admets que c’est n’est pas facile, mais en prendre conscience est un progrès considérable pour éviter de tomber dans cet aveuglement qui signe souvent l’arrêt de mort des démarches de durabilité. Il faut, en quelque sorte, passer de Platon à Socrate…
  
 
Philippe Patouraux

 
cabinet de formation et conseil en évolution soutenable (conseil et formation en développement durable)
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