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Les enseignements de Fukushima

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Les enseignements de Fukushima : nucléaire, sécurité et démocratie 

21 avril 2011

Avant de partager maréflexion liée aux événements dramatiques de Fukushima, je voudrais témoigner ma sincère compassion au peuple japonais. La perte d'êtres chers, ou de son lieu de vie (impossibilité de revenir dans les endroits contaminés), l'angoisse de n'être pas bien informé et de ne pas avoir tous les tenants et les aboutissants de la situation : autant de sentiments douloureux que les catastrophes engendrent et que seul le temps peut réparer ou atténuer.

Cela étant, à la terrible catastrophe naturelle se superpose une catastrophe technologique majeure. Les mots sont importants : il ne s'agit pas d'un accident, mais d'une catastrophe. Il s'agit bien de voir que l'une a provoqué l'autre, mais qu'en l'absence de fuite en avant nucléaire, Fukushima n'aurait pas eu lieu. Deuxième économie mondiale, à la pointe de la technologie, le Japon est aussi le second pays le plus nucléarisé au monde. S'il était commode d'expliquer Tchernobyl par des carences de savoir-faire liées à un système totalitaire, cet argument n'est plus recevable dans le cas de la catastrophe Japonaise, dont l'importance (échelle INES) a rejoint le niveau 7 de Tchernobyl.

Un tremblement de terre de très forte magnitude (8.9 sur l'échelle de Richter) à 300 km des cotes dans le Pacifique déclenche un tsnunami (le mot japonais signifiant raz de marée) composé d'une succession de vagues de 7 à 23 m de hauteur. Celle qui a heurté les abords de la centrale mesurait 14 mètres. Comment expliquer que des centrales aient été construites au bord de l'eau avec des murs de protection prévus pour arrêter des vagues de seulement 5,70 mètres ? L'aveuglement technologique : la complexité des systèmes, des processus et des sécurités nécessitent des compétences pointues et hautement spécialisées. Visiblement lors de la conception, personne n'a eu une hauteur de vue suffisante pour intégrer l'éventualité d'une vague plus haute. Si des avertissements ont eu lieu de la part de l'autorité de sécurité nucléaire japonaise, le cynisme et la cupidité de l'opérateur sont patents : un rehaussement de seulement 20 cm du mur de protection a été fait !

Le tremblement de terre a interrompu l'alimentation électrique, mis les réacteurs en sécurité, et le tsunami a provoqué la noyade des générateurs électriques de secours : les pompes chargées de faire circuler l'eau dans le système de refroidissement se sont arrêtées. Il est là aussi prévu que cela ne peut arriver. A l'intérieur des réacteurs, la température et la pression ont augmenté. Au fil des événements, les barres de refroidissement se sont trouvées à l'air libre, provoquant la fonte du zirconium, matière principale de l'alliage entourant les crayons de combustible. Celui ci a provoqué une réaction d'oxydation du zirconium avec les molécules d'eau vaporisées, libérant encore plus de chaleur et des atomes d'hydrogène, créant un mélange hautement explosif. Trois des six bâtiments de réacteurs ont ainsi été soufflés par une explosion. Le non refroidissement des combustibles a conduit à la fusion partielle de deux coeurs de réacteurs : le n°1 et le n°2, respectivement à 70 % et 33 %.

Qu'en est' il du réacteur n°3 ? Le plus puissant des 6 réacteurs composant la centrale de Fukushima Daiichi. Qui plus est, est chargé de MOX, c'est à dire un mélange d'uranium et de plutonium. Le plutonium est en outre le composé le plus toxique qui existe et est exclusivement produit par l'homme. Si vous inhalez un millionième de gramme de cette substance vous allez développer un cancer du poumon.

Les événements révèlent aussi une opacité médiatique : à la source au Japon évidemment, mais là la situation est compréhensible, puisqu'un un des enjeux au départ de la catastrophe a été d'éviter la panique de masse. La frontière entre information transparente (enjeu de sécurité et santé publique) et contrôlée est certes floue, mais elle est d'autant moins compréhensible en France, ou le seul enjeu est de ne pas ternir l'image de la filière nucléaire française. On discute toujours sur l'éventualité d'une catastrophe alors que l'analyse de la situation et la quantité de radioactivité libérée dans l'environnement démontre que la catastrophe est déjà là et qu'elle continue de s'installer, pour un temps long.

Les événements au Japon ont déclenché des mobilisations de contestation diverses, notamment en France, où la question de sortie du nucléaire a été balayée par le président de la république, en récusant la nécessité d'un débat démocratique, et en soulignant le caractère non négociable du choix nucléaire en France, ce qui constitue un nouveau déni de démocratie. Ce déni, est, rappelons le, à l'origine des choix importants relatifs au nucléaire par décrets gouvernementaux, sans qu'aucun débat parlementaire sur la question n'aie lieu.

La catastrophe de Fukushima et ses développements devraient cependant ouvrir sur des réalités : le nucléaire est 
cher, dangereux, et ne contribue pas à l'indépendance énergétique de la France. En matière de coût, il y a les conséquences économiques directes de la catastrophe nucléaire, comme le démontre la chute boursière de TEPCO, sa privatisation partielle, les ondes de choc résultantes sur les places financières japonaise puis internationales, et les coûts faramineux engendrés par les interventions d'urgence, la perte liée à la non production, démantellement et construction de nouveaux moyens de production électrique : les sommes sont faramineuses. Dans les pays sans accident nucléaire majeur il convient tout de même de chiffrer le vrai coût du kWh. En France, on néglige aujourd'hui les sommes nécessaires au démantèlement d'un parc de réacteurs devenant âgé, et le coût de stockage des déchets sur des durées engageant des milliers de générations.

Fukushima montre que "l'accident"ou la catastrophe nucléaire, selon la rhétorique plus ou moins responsable des décideurs EST POSSIBLE : catastrophes de Tchernobyl, Fukushima, accident de Three Miles Island mais aussi de Mayak (URSS, 1957), de Saint Laurent des Eaux (France, 1969 et 1980), Tokaimura (Japon, 1999), Paks (Hongrie, 2003), Forsmark (Suède, 2006). Ces derniers moins connus s'expliquent par l'opacité de l’information liée à la question du nucléaire. Un lobby puissant, bien organisé, qui opère main dans la main avec l'Etat, et qui fait croire à la population que le nucléaire contribue à l'indépendance énergétique de la France alors que 100 % de l'uranium est importé.

Fukushima montre aussi le danger des combustibles usés. Lorsque le combustible est retiré du cœur d'un réacteur, il continue à dégager de la chaleur. C'est pour cette raison que les combustibles usés sont entreposés dans des piscines, où l'eau refroidit et limite les rayonnements. Un défaut de refroidissement de la piscine du réacteur n°4 a fait fondre le combustible qui n'était plus immergé, en libérant des radioéléments de façon massive, puisque les quantités de combustible stockés sur site sont beaucoup plus importants que ceux qui sont en activité dans les réacteurs. Le risque est donc étendu aux stockage des combustibles usagés, extérieurs à l'enceinte de confinement. Imaginons ce qu'un défaut de refroidissement pourrait occasionner sur un site de retraitement des déchets comme La Hague : si l'eau des piscines s'évapore (ce qui peut arriver en quelques jours), les éléments combustibles irradiés fondent ou prennent feu, répandant des produits radioactifs dans l'atmosphère, en très grande quantité .

Dans un contexte de consommation énergétique irraisonnée, il est effectivement compliqué de concevoir une limitation de cette consommation, depuis longtemps nécessaire : la biocapacité de la Terre a été dépassée au cours des années 1980. L'empreinte écologique, indicateur à la base de cette prise de conscience ne tient pas compte des contaminations liées aux radionucléïdes. D'ailleurs, comment le pourrait-il ? Si la nature a prévu beaucoup de choses, les isotopes radioactifs ne sont dégradés par aucune enzyme ou bactérie spécifique.

Nous sommes en matière énergétique engagés dans une fuite en avant, et plus dramatique, elle est irraisonnée. Analyser notre niveau de dépendance énergétique, évaluer le ventilation des sources énergétiques, intégrer des modèles permettant de faire évoluer nos activités en réduisant progressivement les niveaux de dépendance ne sont plus des options. elles sont aujourd'hui vitales pour la continuité des systèmes économiques en place, mais surtout pour la soutenabilité des sociétés futures.

Marc Zischka

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